Je m’engage

Je m'engage

À la veille de Noël, comme chaque année, j’ai préparé une petite vidéo de vœux. Cette année, des membres de la communauté universitaire se sont exprimés dans leur langue maternelle et m’ont accompagné pour vous souhaiter tout le meilleur pour 2019. C’était pour moi un de ces petits moments très humains, pleins de force, d’enthousiasme, tout simplement heureux. La vidéo a été diffusée. Et sur les réseaux sociaux, un étudiant anonyme l’a commentée par ce court message : « Ça, c’est l’esprit UCLouvain ! ». Quel beau compliment pour notre université ! C’est précisément cet esprit que je souhaite développer, cette « expérience UCLouvain » qui s’appuie sur une longue tradition, sur une université stable et ouverte, portée chaque jour par des personnes engagées et fières d’appartenir à cette communauté.

« Ça, c’est l’esprit UCLouvain ! »

Il y a cinq ans, le 25 mars 2014, un résultat venait de tomber : j’étais élu recteur de l’Université catholique de Louvain. J’avais conscience d’un basculement. Une émotion forte me disait que le chemin allait être exigeant. Mon premier appel a été pour ma famille, mon épouse, nos quatre enfants. Je savais que ma vie, et un peu la leur aussi, ne serait plus tout à fait la même.

Rapidement, la fonction de recteur a pris un large espace. Dans ce service à la communauté, il faut trouver rapidement les moyens d’être efficace, sans perdre de vue l’essentiel et sa vie de famille. Pour la seule année 2018, mon agenda professionnel indique 1452 évènements : 6 par jour ouvrable. C’est une des découvertes de la fonction : on ne maîtrise plus totalement son agenda. Vous m’avez écrit durant ces dernières cinq années ? Je vous ai sans doute répondu ou quelqu’un de mon équipe a assuré le suivi. À tout le moins, j’ai fait de mon mieux pour qu’il n’y ait pas un dossier sans traitement, un email sans réponse ou une question sans suivi.

Trouver des solutions, c’est ce que j’aime faire.

J’aime cet échange. Je le vois comme un de mes rôles essentiels : que toutes les personnes qui le souhaitent soient écoutées et entendues. Les sollicitations demandent souvent de trouver des solutions. Et trouver des solutions, c’est ce que j’aime faire depuis longtemps. Évidemment, cela n’est pas toujours possible. Mais il y a presque toujours moyen de trouver au moins une amélioration, même partielle. Je suis resté un chercheur dans l’âme. Ma passion pendant plus de vingt ans a été de découvrir des démonstrations mathématiques. Aujourd’hui, ma plus grande satisfaction est de trouver des solutions et de les voir mises en œuvre.

J’aime entendre plusieurs avis.

Comme recteur il faut régulièrement décider ou, le plus souvent, proposer une décision. Pour cela, je consulte beaucoup. J’aime entendre plusieurs avis. Ceux qui m’entourent le savent bien : je les sollicite largement ! Je n’envoie pas une communication à notre communauté sans l’avoir fait relire par au moins trois personnes. Pour des décisions difficiles, il s’agit d’avoir un avis aussi éclairé que possible. Un recteur est toujours un expert de sa discipline. Mais il ne peut être un spécialiste de toutes les matières qui concernent la gestion de l’université. Il doit avoir l’esprit d’équipe et s’entourer de nombreuses personnes, plus compétentes que lui en leurs domaines. Les avis authentiques et honnêtes sont les seuls vraiment précieux. Les conseils les plus autorisés émanent souvent de ceux qui sont les plus proches de l’impact de la décision. C’est comme cela que je conçois mon métier de recteur. Sur toutes les questions, pour toutes les décisions, consulter les personnes et les écouter. Entendre aussi ce qui se dit et se vit à l’extérieur de l’université. S’il veut servir son université utilement, un recteur doit savoir ce que pense la communauté universitaire, et il doit aussi accepter que seul il ne peut pas grand-chose. C’est notre communauté universitaire qui m’a appris la fonction en m’invitant à toujours chercher ce dont elle a besoin.

Pour toutes les décisions, consulter les personnes et les écouter.

Je ne pense pas être un homme de pouvoir, ou alors peut-être celui du pouvoir que donne la collégialité. Je suis particulièrement heureux de voir émerger des choix intelligents, bien pensés, construits sur une vision complète et équilibrée. C’est ce que je tente de faire, jour après jour.

Les enjeux se gèrent dans la confiance.

La tâche n’est pas toujours simple. Entre autres parce que l’université est vaste et multiple. Elle est riche et diverse. Mais elle agit aussi dans un environnement dont les attentes bouillonnent. Cette réalité complexe provoque parfois des chocs de mondes bien différents. Dans une même journée, je peux rencontrer un étudiant syrien réfugié le matin avant de participer à un échange sur les perspectives de développement immobilier des cliniques, partager ensuite un déjeuner avec des académiques nouvellement engagé·es, discuter avec des assistant·es et, finalement, préparer une réunion du conseil des recteurs avec des membres de notre administration. Il faut du temps pour saisir les enjeux et les préoccupations de toutes les personnes et de toutes les entités. Du temps aussi pour construire un réseau de relations. Les enjeux se gèrent dans la confiance et la confiance se construit dans la durée, au fil des réussites collectives.

La confiance se construit dans la durée.

Durant ces cinq années, j’ai tenté d’assister à la plupart des proclamations de nos quatorze facultés. Je me suis souvent dit : « Je dois être un des seuls dans l’université à vivre ainsi cette diversité de lieux… Est-ce que cela ne me donne pas une responsabilité de mettre les acteurs en relation ? ». Cette multiplicité est une difficulté. Mais elle est sans aucun doute un de nos biens les plus précieux. Lorsque j’écris un mail à la communauté universitaire, j’écris à une chercheuse en physique fondamentale. J’écris au garde forestier du bois de Lauzelle. J’écris à un médecin des cliniques. J’écris à un membre du personnel administratif facultaire. J’écris à un étudiant en histoire et à une technicienne de laboratoire. Et chacune, chacun est une partie de l’université. Pleinement. Nous y vivons, toutes et tous, un rôle essentiel, unique.

Tous ces univers travaillent ensemble et forment notre université commune.

Comme recteur, je suis plongé dans cette diversité. Mon rôle est de la comprendre. Mais aussi de tenter que les un·es et les autres se comprennent : le monde des cliniques n’est pas celui du parc scientifique. Une commission de programmes n’est pas une plateforme technologique. Et pourtant, tous ces univers travaillent ensemble et forment notre université commune. De même, les orientations prises par l’université touchent tous les membres de la communauté. C’est ce que j’aime : faire des liens, mettre des personnes en relation, les faire se comprendre et ouvrir de nouvelles perspectives utiles à toutes et à tous. Pour que nous parvenions collectivement à hausser la ligne d’horizon et à porter l’université plus loin.

J’aime ouvrir de nouvelles perspectives utiles à toutes et à tous.

Après cinq ans comme recteur, le temps d’un bilan est aujourd’hui venu. Mon sentiment, après ces cinq années de rectorat, est d’avoir contribué à des avancées majeures. Notre université n’est plus là où elle était il y a cinq ans.

Quand je me retourne sur ce chemin, je mesure l’ampleur du travail accompli par toute notre communauté. J’ai conscience d’avoir vécu un immense privilège à vos côtés. Comme prévu, cela a été formidablement intense et exigeant. Mais je ne l’ai pas regretté une seconde. Je ne le regrette pas une seule seconde. Notre université a remarquablement progressé, sans avoir toujours été placée dans un contexte favorable.

J’espère sincèrement pouvoir poursuivre cette tâche, pour cinq années supplémentaires.

Je m’engage à perpétuer l’expérience UCLouvain.

Aujourd’hui, je m’engage. Je m’engage à perpétuer l’esprit UCLouvain, l’expérience UCLouvain, dont nous sommes toutes et tous les légataires, les acteurs et les actrices, les passeurs. Je m’engage à poursuivre notre action collective, pour que notre université soit un repère, une référence, un creuset de savoirs. Je m’engage avec force, pour que le travail, que vous faites avec cette passion propre à l’UCLouvain, puisse se concilier avec reconnaissance, respect et bien-être.

Je veux que l’UCLouvain soit toujours citée, chez nous comme dans le monde, comme un exemple en recherche et en enseignement. Dans la passion, la création et la rigueur. Je veux aussi qu’on reconnaisse notre juste place et qu’on nous donne les moyens auxquels nous avons droit. Je me battrai pour que nous soyons une université audacieuse dans ses contributions et dans son action au sein d’un monde en transition.

Je vous remercie très sincèrement pour ces cinq années d’engagement heureux à vos côtés. Je propose, si vous m’accordez votre confiance, de poursuivre mon engagement avec force et énergie.

Vincent Blondel